Poésie : Je suis l’africaine

Aujourd’hui, je vous propose une poème : Je suis l’africaine. Siham Bouhlal, son auteure, est une poète marocaine née à Casablanca. Elle est à l’origine de nombreuses traductions de textes médiévaux. Mais elle maîtrise aussi l’art de la poésie. Je propose de la découvrir tel que je l’ai fait, c’est à dire au travers du poème suivant.

 

 

Je suis l’africaine
Noire ébène
A ma blanche peau
Ne prêtez d’importance

Je suis la fille des sables
Mon âme est tannée
Mon cœur bat de sang brun
Si noir

Ne me parlez plus de Méditerranée

Je suis née africaine
Marcher nu-pieds
Me sied mieux

Mon regard pleure l’olive
Brune
Noire

Je
      Suis
                Fille
                         Des
                                 Sept
                                            Collines

Tuez-moi encore
Je reviendrai demain
Noire comme à mon premier jour

Ne prêtez guère d’attention
A ma langue pure
D’arabe, à mon français
Châtié ou même
A mon sang d’amazighe

Je m’alourdis de chaînes
Et
      Marche
                       Vers
                                  Mon
                                             Afrique

Expier les crimes de ma race

Je me tiens debout
Ensanglantée et ouvre mes bras
A mon ami africain

Je maudis les négriers
De toutes les histoires
Anciennes ou si proches

Sur le sable je m’allonge
Me livre à la marée noire
Vigoureuse

Ils m’ont spoliée de toi
Mon Afrique
Mais je te reviens

Gorgée de feu

Je te reviens
Et mon poème
Est d’écriture royale

Bamoun est mon poème
Cousin du Tifinagh

Saint Augustin sourit

Njoya est assis sur son trône
Il bénit la sueur de mes mots
Il n’est d’Orient ni d’Occident
Mais des deux à la fois

Il trace la Bible le Coran
Sur un unique parchemin
Et les signes anciens

Ouvre-moi tes bras
Njoya
Ouvre-moi
Et je dormirai

Sur
       Ton
                Cœur
Moi la fille aux yeux de jais  Moi l’africaine  Que l’on assassine  Qui renais toujours

Ma géographie
N’est pas simple
Mais je ne m’y perds pas

Je sais ce que mes courbes recèlent
Mon dos plantureux
Mes reins
Et ce que ma main
Supportent

Mon viatique est si mince
Mais qu’importe ?

La Méditerranée me noie
Dans ce que je ne comprends pas

Je nage et étouffe
D’excédent
D’iode
M’aveugle de blancheur

Laissez-moi à mon Afrique
Peut-être qu’Elle
Sait la voie de mon bonheur

Mon sang est bleu  Touareg  Il coule dans les rigoles  Improvisées du désert

Mon tatouage  Est invisible

Je tire
Ma chevelure
Sur le sable

Je trace et retrace
Les traits
De mon destin

Siham Bouhlal

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