Blanchir ou mode de destruction massive

L’été est souvent synonyme de bronzage, mais pas pour tous(tes). Là où certain(e)s rêvent d’un teint hâlé, d’autres évitent le soleil, espérant ne surtout pas bronzer, voire utilisent divers crèmes et savons dépigmentants dans la quête d’une peau claire.

Produits éclaircissants : Attention danger

Une pléthore de produits éclaircissants ont envahi le marché mondial, leur succès grandissant d’année en année. Ces produits contiennent généralement de l’hydroquinone, de la cortisone, des dérivés du mercure, etc. Détournés de leur utilisation première, ces composés présents à forte dose sont nocifs pour la peau et plus généralement pour la santé. A terme, la peau s’affine se couvre de vergetures, éventuellement d’acné et de poils sur le visage (pas génial quand on est une femme), et cicatrise de moins en moins bien. Au delà de ces dégradations cutanées, ces produits rendent sensibles aux infections, peuvent provoquer de l’hypertension artérielle, du diabète, des problèmes oculaires (ex. cataracte), etc. Le plus gros problème reste bien évidemment l’augmentation fulgurante du risque de cancer de la peau.

Les produits éclaircissants : un marché florissant

Malgré les divers effets nocifs pré-cités, le marché des produits éclaircissants à fait un bond de 20% en Europe et représente 6,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires au niveau mondial. En Asie, la dépigmentation volontaire représentent 35%  du marché du soin. Loin de stagner à ces chiffres, le marché de ces produits ne cesse de croître avec pour plus grand consommateur le Japon (2milliards de dollars Asie-Pacifique). Ces produits occupent également 61% du marché de la dermatologie en Inde.
A titre d’exemple, on constate que 25% que des femmes maliennes, 27% des sénégalaises, 35% des sud-africaines, 59% des togolaises et 77% des nigérianes utilisent régulièrement des produits éclaircissants. Ces chiffres atteignent les 40% dans la cas de femmes chinoises (province de Taïwan et d’Hong Kong), malaisiennes, des Phillipines et de la République de Corée.
Ainsi les prévisions des experts ne vous étonneront pas : le marché mondial de la dépigmentation devrait dépasser les 10 milliards de dollars  d’ici 2015.
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Mais pourquoi ???
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Bien qu’ayant des origines anciennes, ce commerce ne semble être qu’à ces débuts soulevant la question à 1 million d’euro : Le teint clair est-il le critère ultime de la beauté, de l’intégration ? Certains vous répondront « Oui » arguant que le modèle de réussite social est le « blanc ». Pour appuyer cette réponse, certains vous citeront la littérature classique arabe dont les poètes vantaient la blancheur de la peau, blancheur perçue encore aujourd’hui comme une rareté. D’autres vous diront qu’en Asie, être mate de peau est signe de pauvreté, lié au travail dans les champs. Ceci peut également être valable dans les pays arabes. Pour ce qui est de la communauté noire descendante d’esclave (afro-caribéens, afro-américains, etc), la problématique serait similaire mais plus ancienne. Au temps de l’esclavage, un esclave métisse (donc fils du maître) avait plus de chance de travailler au sein de la maison (travail moins physique) que dans les champs, et avait plus de chance d’être affranchi. Par ces « privilèges », il représentait une forme de réussite sociale qui selon certains serait inconsciemment ancré dans les mémoires.
Dans la dynamique de ce discours nous pourrions sortir nombre d’arguments qui tous témoigneraient d’un complexe, d’une envie de séduction (et non pas d’être blanc, au sens caucasien du terme) dont l’origine même se trouve en la personne non blanche.  Et si les choses étaient plus complexes qu’on ne le pense? A cette question, Serge Bilé offre une réponse des plus pertinentes au travers de son livre « Blanchissez-moi tous ces nègres ». Facile à lire et riche d’informations, je ne peux que vous conseiller sa lecture.
Blanchissez-moi tous ces nègres (Serge Bilé)
On a tout dit sur les femmes noires qui se blanchissent la peau, qu’elles sont complexées, masochistes, et surtout inconscientes des dangers que leur font courir ces pratiques: hypertension, stérilité, problèmes osseux, voire cancers. On a tout dit sauf que les femmes mais aussi les hommes qui se dépigmentent, sont d’abord des victimes d’une addiction orchestrée par des savants fous qui s’ingénièrent, dès le XVIIIème siècle, à « blanchir les nègres » pour de vrai. En France, on les plongeait dans un bain d’acide oxymuriatique, au Québec, on les bombardait de nitrate d’argent, alors qu’aux Etats-Unis, on les décapait aux rayons X, provoquant chez les cobayes de graves brûlures et souffrances. Ces expériences ont, au fil des siècles, laissé croire à certains Noirs, déboussolés par l’esclavage, qu’ils pouvaient réellement changer de peau pour changer de vie, en s’enduisant le corps de miraculeuses crèmes éclaircissantes.
Ce livre retrace l’incroyable histoire du blanchiment et dévoile ce fléau soutenu par la propagande occidentale, s’est imposé à des millions de gens, accrocs désormais à une drogue inquiétante qui leur empoisonne la vie.
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