ANYANGO ou l’amour du Japon pour le Kenya

Eriko Mukoyama (nom de scène : Anyango) est une chanteuse japonaise née à Tokyo. A lecture de cette première phrase, on peut se demander en quoi une japonaise pourrait avoir un lien avec l’univers musical africain. La réponse est simple : Eriko Mukoyama est la première femme au monde à jouer du nyatiti, instrument traditionnel des Luos (Kenya). Mais avant d’aller plus loin, je vous propose de vous conter son histoire.

Eriko Mukoyama, née en 1981, témoigne très tôt un goût prononcé pour la musique et vit ses premières expériences musicales, au lycée, au coeur d’un groupe de rock dont elle est la chanteuse. Son épopée musicale se poursuit en troisième année de faculté (Tokyo) où elle décide de partir à New York pour apprendre la musique. Son retour au Japon scelle son destin puisqu’elle y découvre la musique traditionnelle kényane. Un an plus tard, elle prend un vol direction Nairobi. Elle y écoute un large panel de musiques traditionnelles kényanes au cours de concerts et s’initie aux percussions  dans la tribu de Giryama. Les voyages se multiplient alors entre le Japon et le Kenya jusqu’en mars 2005 où elle débute son apprentissage du nyatiti, instrument exclusivement joué par des hommes. Elle devient ainsi la première femme au monde à en jouer. C’est à cette période de sa vie qu’on lui attribue alors un nouveau nom Luo, qui sera son nom de scène : Anyango (signifie fille née le matin).

Très vite, Anyango décide de rencontrer la communauté Luo (village Karapul près du Lac Victoria) détentrice de la tradition du nyatiti. Elle y rencontre Okumu Orengo, maître du nyatiti, à qui elle demande d’être son élève. Celui-ci refuse dans un premier temps puis accepte, l’accueillant même à son domicile. Après 5 mois d’apprentissage, Anyango  joua devant 200 villageois, certifiant son statut de joueuse de nyatiti. A la suite de cette prestation, Okumu Orengo lui dit « Anyango, maintenant, ce n’est plus un amusement. Tu es la première femme joueuse de nyatiti au monde. Va dans toutes les parts du monde où je ne peux aller et joue en [nyatiti]« . 

A son retour au Japon en 2006, Anyango enregistre son premier CD. Un an plus tard, lors d’un nouveau voyage au Kenya, les radios de Nairobi diffuse ses musiques; naît alors le buzz Anyango. Quelques semaines plus tard, elle joua devant 50 000 kényans à Homa Bay au cours d’un concert organisé par les Nations Unis pour promouvoir l’éducation sexuelle liée au SIDA. 

En mai 2008, elle joue face aux leaders africains au cours de la cérémonie du TICAD-IV (Tokyo International Conference on African Development). En juillet 2009, elle rentre dans le classement des 100 japonais les plus respectés au monde par  le Newsweek Japan. Puis, elle sort son premier album « Nyatiti Diva » qui fut classé à la 1ère place du classement du Tower Record’s World Music chart au Japon. En mai 2010, elle sort son 2ème album « Horizon » tandis que parallèlement d’autres artistes se joignent à elle comme la très connue violoniste Hakase Taro. En août, elle apparaît sur scène au Fuji Rock Festival, qui est le plus grand festival de musique en pleine air au Japon. En février 2011, elle nous propose un nouvel album « Teï molo« , produit par la reine du bikutsi : Sally Nyolo.  A l’image des lieux d’enregistrements variés (Cameroun, France,  Japon), ce dernier album est une jubilation musicale multiculturelle où la virtuosité du nyatiti et du mvet (harpe cithare du Cameroun) s’allie à une voix enchanteresse.

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