Il était une fois… la danse orientale

Il n’est pas rare, pour ne pas dire fréquent qu’au son des mots « danse orientale », on me rétorque « Oui! la danse du ventre! »… Or la danse orientale ne nous vient pas des cabarets mais de temples. Il s’agit d’une des danses les plus anciennes au monde et sans doute la moins comprise. Il est donc temps de rétablir les choses.

Origines :

La danse orientale vient essentiellement d’Egypte et présente une origine sacrée liée aux rites de fertilité. Du temps des pharaons, les prêtresses  tournoyaient leurs corps et ondulaient leur ventre afin que la déesse de l’amour et de la fertilité prennent possession d’elles. Ces mêmes mouvements de hanches, de bras et de mains étaient réalisés par de femmes indiennes célébrant Kâlî, déesse de la fertilité.

Au Vième siècle, une tribu de tziganes quitte l’Inde en direction de l’Europe pour atteindre l’Espagne, en passant par la Turquie, tandis que d’autres se dirigent vers l’Égypte. Ces mouvements de population ont donné lieu au flamenco issu d’un divin mélange entre danse indienne, arabe et andalouse. A la rencontre de l’Égypte naît la danse orientale.

Maintenant, projetons nous en Égypte au XVIIIième siècle. On y distingue alors deux types de danseuses : les Almées et les Ghawazees. Ces non professionnels exerçaient leur art pour le plaisir et l’amour de la danse orientale. Les almées étaient nobles et respectées par le public. Il s’agissait de chanteuses, danseuses et musiciennes cultivées. Mais, malheureusement, on ignore le style de danse qu’elles pratiquaient. Quant aux ghawazees, elles étaient des danseuses populaires d’origine tzigane. Elles portaient de longues jupes ou pantalons bouffants accompagnés d’un foulard marquant les hanches, ainsi qu’une chemise appelée « tob ». Richement colorés, leurs vêtements étaient, non pas pas accompagnés de bijoux, mais d’un maquillage à base de khôl pour un regard de braise, et de tatouages au henné.

Aimant se donner en spectacle, les ghawazees élurent domicile dans les camps français dès l’arrivée de ces derniers (époque napoléonienne). Venant d’une société puritaine, les français interprétèrent ces mouvements de bassin  comme une invitation aux fantasmes et aux plaisirs charnels, associant par la même les ghawazees à la prostitution. Cette incompréhension de la culture égyptienne est ainsi à l’origine du concept de « danse du ventre » qui perdure encore aujourd’hui. Cette mauvaise interprétation fut à l’origine de maisons closes et de spectacles de cabaret offrant des danseuses lascives, pour ne pas dire vulgaires. En conséquence eut lieu la décapitation de 400 ghawazees sous l’ordre de Napoléon. Pour éviter les ennuis, celle-ci se cachèrent sous le nom d’almées. Elles furent bannies par le sultan Mohammed Ali, n’ayant plus le droit de danser, mais reviennent en 1866. Ce n’est qu’au XXième siècle, qu’elle ré-anime leur art qui  inspirera par la suite le cinéma hollywoodien menant à l’âge d’or de danse orientale dans les 1930-1940. En effet, le style ghawazee a donné lieu au raqs el sharki (danse orientale). Alors que les performances en raqs el sharki des zones urbaines ont été fortement influencées par le ballet classique ou les danses latino-américaines, le terme ghawazee fait toujours référence, en Égypte, aux danseuses populaires de milieux ruraux, garante de la tradition du 18ème siècle.

L’âge d’or de la danse orientale :

Dès les années 30, la danse orientale connaît une ascension fulgurante qui débute par l’ouverture du « Casino-Opera« , au Caire, par la danseuse syro-libanaise Badia Masabni. Ce nouvel établissement offrait des spectacles de danse aux colons, touristes et aristocrates égyptiens. Il s’agissait d’y présenter une danse sophistiquée et raffinée inspiré des ballets, tout en gardant l’âme des danses folkloriques : le raqs el sharki. Ce lieu a pu mettre sous les projecteurs les grandes danseuses que sont Samia Gamal, Tahia Carioca et Naima Akef qui à leur tour rendirent célèbre la danse orientale aux yeux du monde.

La génération suivante voit émerger de nouveaux talents que sont notamment : Sohair Zaki, Fifi Abdou, Nagwa Fouad, Mona el Said, etc. Cependant, depuis les années 90, cet art décline au sein même du berceau de la danse orientale, alors qu’il connaît un véritable engouement en Occident, dès les années 80.

Les styles de danse orientale : 

On distingue trois styles de danse : le baladi, le sharki, le saïdi. 

Le baladi est une danse populaire expressive, se caractérisant par des mouvements ondulants réalisés pied plat. Les bras sont près du corps et impliquent une gestuelle plus contenu que le sharki mais non moins subtiles.

Le sharki est un style plus récent développé dans les années 30 par Samia Gamal, Tahia Carioca, Neima Akef et tant d’autres danseurs qui ont brillé à l’âge d’or de l’industrie cinématographique égyptienne. C’est une danse s’inspirant des ballets classiques et se composant donc de tours, demi-tours, arabesques et jeux de voiles, réalisés en demi-pointe. Les bras sont généralement loin de corps et accompagnés de mouvements amples soulignés par des costumes raffinés ornés de broderies, de strass et paillettes. 

Le saïdi est une danse folklorique en provenance du sud de L’Egypte. Originellement, il s’agit d’une danse masculine dansée à l’aide de bâton, de façon guerrière. Le saîdi dans sa version féminine est parodie de la version masculine, se dansant à l’aide d’une canne plus légère et courte.

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